معرفی کتاب «Œuvres Philosophiques Complètes. [Teil 6] Ainsi parlait Zarathoustra: Un livre qui est pour tous et qui n'est pour personne» نوشتهٔ Giorgio Colli, Mazzino Montinari, Maurice de Gandillac, Friedrich Nietzsche، منتشرشده توسط نشر de Gruyter GmbH در سال 2020. این کتاب در فرمت pdf، زبان فرانسوی ارائه شده است.
## NOTE DU TRADUCTEUR La version française qui avait été confiée au regretté Robert Rovini n'a pu être mise au point par notre collaborateur avant sa mort. Ayant entrepris de soumettre son premier travail à une soigneuse révision, nous avons été conduit à reprendre toute l'entreprise sur de nouvelles bases, en essayant de rendre avec plus de rigueur le rythme des versets nietzschéens, et de suggérer par quelques ellipses et inversions la référence au style d'anciens textes sacrés. Des notes en bas de page, appelées par des astérisques, indiquent les plus significatifs des jeux verbaux et allitérations dont le français ne peut fournir, semble-t-il, aucun équivalent tolérable. M. de G. Première partie ## PROLOGUE DE ZARATHOUSTRA \* « Untergehen » s'applique au coucher du soleil, à la « descente » (« hinabsleigen ») de Zarathoustra dans les plaines habitées par les hommes, et évoque en même temps un nécessaire « déclin ». Mais il manque ici au français la polysémie de l'allemand. 22 ## Ainsi parlait Zarathoustra Bénis la coupe débordante afin que d'elle coule l'onde d'or et qu'en tous lieux de ton délice tu épandes le reflet! Voici que cette coupe encore se veut vider et qu'à nouveau Zarathoustra se veut faire homme 1 » -Du déclin de Zarathoustra tel fut le commencement K ## 2 De la montagne Zarathoustra descendit seul et de personne ne fit rencontre. Mais lorsqu'il fut dans les forêts, soudain vit devant lui un vieillard qui avait quitté sa sainte hutte pour chercher sous bois des racines. Et à Zarathoustra ainsi parlait le vieillard : Ne m'est étranger ce voyageur; voici bien des années en ces parages il fit route. On le nommait Zarathoustra, mais il a bien changé. Lors tu portais ta cendre à la montagne \*, se peut-il qu'aujourd'hui dans la vallée tu veuilles porter ton feu? De l'incendiaire ne crains-tu le châtiment. Oui certes je reconnais Zarathoustra. Pur est son oeil et sa bouche sans nausée. Vers moi ne marche-t-il comme un danseur 3 ? A bien changé Zarathoustra; Zarathoustra s'est fait enfant ; Zarathoustra est un homme éveillé 4 ; chez ceux qui dorment qui cherches-tu maintenant? Comme dans la mer tu vivais en ta solitude, et la mer te portait. Malheur I Voudrais-tu toucher terre? Malheur 1 Voudrais-tu de nouveau traîner ton corps? Zarathoustra répondit : « J'aime les hommes. » Pourquoi donc, dit le saint, vins-je dans la forêt et le désert? Ne fut-ce parce que d'amour beaucoup trop grand j'aimais les hommes? A présent j'aime Dieu; je n'aime pas les hommes. L'homme est pour moi trop imparfaite chose. D'aimer les hommes je périrais 8 . Zarathoustra répondit : « Qu'ai-je parlé d'amour? Aux hommes j'apporte un don. » Rien ne leur donne, dit le saint. Leur prends plutôt quelque chose, et avec eux la porte; le mieux leur sera bienfaisante, si seulement t'est bienfaisante. Et, leur veux-tu donner, ne leur fais rien qu'aumône, et encore qu'ils la mendient! « Non, répondit Zarathoustra, je ne fais point aumône. Pour cela ne suis pauvre suffisamment. » Le saint rit de Zarathoustra et de la sorte parla : Ainsi prends soin qu'ils fassent accueil à tes trésors ! Des ermites ils se méfient et ne veulent croire que nous venions en donateurs. Pour eux de par les rues nos pas résonnent trop solitaires; et, la nuit dans leur lit, bien avant que se lève le Soleil entendent-ils marcher un homme, lors se demandent : où va donc ce voleur? Point ne va chez les hommes, et reste dans la forêt! Ou, mieux encore va chez les bêtes 1 ! Pourquoi n'as-tu vouloir d'être comme je suis -un ours parmi les ours, un oiseau parmi les oiseaux? « Et dans la forêt que fait le saint? demanda Zarathoustra. Le saint répondit : Je fais des chants et je les chante, et, quand je fais des chants, je ris, je pleure et grogne; de la sorte je loue Dieu. Chantant, pleurant, riant, grognant, je loue le dieu qui est mon dieu. Mais, comme don, que nous apportes-tu? Lorsque Zarathoustra eut ouï ces paroles, il salua le saint et dit : « Qu'aurais-je à vous donner? Mais me laisse partir incontinent de peur que je ne vous prenne quelque chose! » Et de la sorte se quittèrent le vieillard et l'homme fait, riant comme rient deux garçons. Mais lorsque Zarathoustra fut seul, ainsi dit à son coeur : « Serait-ce chose possible? Ce saint vieillard, en sa forêt, de la mort de Dieu n'a donc rien su 2 ! » ## Ainsi parlait Zarathoustra Qu'est le singe pour l'homme? Un éclat de rire ou une honte qui fait mal. Et tel doit être l'homme pour le surhomme : un éclat de rire ou une honte qui fait mal 1 . Du ver de terre vous cheminâtes jusques à l'homme, et grandement encore avez en vous du ver de terre ». Jadis vous fûtes singes et maintenant encore plus singe est l'homme que n'importe quel singe. Mais le plus sage d'entre vous, celui-là n'est aussi qu'un discord et un hybride de végétal et de spectre. Or vais-je vous commander de devenir des spectres ou des végétaux 3 ? Voyez, je vous enseigne le surhomme! Le surhomme est le sens de la Terre. Que dise votre vouloir : soit le surhomme le sens de la Terre ! Je vous conjure, mes frères, à la Terre restez fidèles, et n'ayez foi en ceux qui d'espérances supraterrestres vous font discours! Ce sont des empoisonneurs, qu'ils le sachent ou non! Ce sont des contempteurs de la vie! Des agonisants qui eux-mêmes s'empoisonnèrent, et dont la Terre est lasse ; et ils peuvent bien disparaître ! Jadis l'outrage contre Dieu fut l'outrage le plus grand, mais Dieu est mort, et avec lui moururent aussi ces outrageurs. Faire outrage à la Terre est maintenant le plus terrible, et estimer plus haut les entrailles de l'insondable que le sens de la Terre! Jadis l'âme considérait le corps avec mépris, et en ce temps fut un pareil mépris le plus haut de tout; -elle voulait que le corps fût émacié, affreux, famélique. Elle pensait ainsi furtivement lui échapper, et à la Terre. Oh ! que cette âme aussi était elle-même encore émaciée, affreuse, famélique! Et cruauté fut la jouissance de cette âme! Mais vous-mêmes encore, mes frères, dites-moi : de votre âme qu'enseigne donc votre corps? N'est-elle, votre âme, misère et saleté, et un pitoyable agrément 4 ? En vérité, c'est un sale fleuve que l'homme. Il faut être une mer déjà pour que, sans se souiller, l'on puisse recevoir un sale fleuve. Voyez, je vous enseigne le surhomme 5 ; lequel est cette mer, en qui peut votre grand mépris se perdre. Quelle expérience plus grande pourriez-vous vivre, sinon l'heure de votre mépris 6 ? Celle où votre heur luimême devient nausée, et de même votre raison et votre vertu. Celle où vous dites : « Que fait mon heur? Il est misère J'aime ceux qui ne savent vivre qu'en déclinant, car ils vont au-dessus et au-delà 1 ! J'aime les grands contempteurs, car ils sont grands vénérateurs et vers l'autre rivage flèches de nostalgie. J'aime ceux qui seulement au-delà des astres ne cherchent une raison de décliner et d'être hosties, mais ceux qui à la Terre se sacrifient pour que la Terre un jour devienne celle du surhomme. J'aime celui qui pour connaître vit et qui connaître veut afin qu'un jour vive le surhomme et de la sorte veut son propre déclin. J'aime celui qui oeuvre et qui invente pour bâtir au surhomme sa demeure et d'avance lui préparer Terre, bête et végétal; car de la sorte veut son propre déclin. J'aime celui qui aime sa vertu; car la vertu est une volonté de déclin et une flèche de nostalgie. J'aime celui qui pour lui-même une seule goutte d'esprit ne retient, mais tout entier de sa vertu se veut l'esprit; sur le pont, de la sorte, il avance. J'aime celui qui de sa vertu fait son penchant et sa fatalité ; pour sa vertu, de la sorte, encore il veut vivre et ne plus vivre s . J'aime celui qui ne veut avoir trop de vertus. Une seule vertu est plus vertu que deux, car plus elle est le noeud d'où dépend le destin 7 . J'aime celui dont l'âme se prodigue, qui ne veut gratitude et point ne rend, car toujours il prodigue et ne se veut garder 8 . J'aime celui qui de lui-même a honte quand pour sa chance tombe le dé, et qui lors interroge : suis-je donc un tricheur 6 ? -car à sa perte il veut aller. J'aime celui qui devant ses actes lance des paroles d'or et toujours tient encore plus qu'il ne promet, car celui-là veut son déclin 7 . J'aime celui qui justifie ceux qui viendront et rachète ceux qui furent, car à sa perte par ceux qui furent il veut aller. J'aime celui qui châtie bien son dieu parce qu'il aime bien son dieu; car celui-là, par la colère de son dieu, à sa perte ne peut qu'aller 8 . J'aime celui de qui, même dans la blessure, l'âme est profonde et qui, dans une petite expérience vécue, peut à sa perte aller 9 ; ainsi dessus le pont volontiers passe. J'aime celui de qui déborde l'âme, en sorte que lui-même s'oublie et qu'en lui sont toutes choses; ainsi toutes choses deviennent son déclin 10 . Prologue de Zarathoustra ## 27 J'aime celui qui est d'un libre esprit et d'un coeur libre; sa tête ainsi n'est que l'entraille de son coeur, mais au déclin son coeur le pousse J'aime tous ceux qui sont comme de pesantes gouttes, une à une tombant de la sombre nuée sur l'homme suspendue ; ils annoncent l'éclair et, comme des hérauts, vont à leur perte. De l'éclair, voyez, je suis un héraut, et une pesante goutte qui tombe de la nuée ; mais cet éclair a nom surhomme. - ## 5 Lorsque Zarathoustra eut parlé de la sorte, il considéra de nouveau le peuple et se tut. « Les voici devant moi, disait-il à son coeur, ils rient; point ne m'entendent; ne suis la bouche que veulent ces oreilles 2 . Faut-il donc que d'abord on leur crève les oreilles pour qu'ils apprennent à ouïr avec les yeux? Faut-il donc cliqueter comme tympanons et comme prêcheurs de carême? Ou ne croient-ils qu'à celui qui bégaie 8 ? Ils ont une chose qui les rend fiers. Comment nomment-ils la chose qui les rend fiers? C'est culture qu'ils la nomment, des chevriers elle les distingue. Pour quoi ne leur est plaisant qu'on parle de leur " mépris Or donc à leur orgueil je veux parler. Je leur veux parler de ce qui est le plus méprisable; or c'est le dernier homme 4 . » Et de la sorte parlait au peuple Zarathoustra : Le temps est venu pour l'homme de se fixer sa fin. De sa plus haute espérance le temps est venu pour l'homme de semer le grain. Riche assez est encore pour cela son terreau. Mais pauvre un jour et domestiqué sera ce terreau et lors n'en pourra naître arbre de haute stature. Malheur! Arrive le temps où l'homme au-dessus de l'homme plus ne lancera la flèche et le temps où de vibrer désapprendra la corde de son arc! Je vous le dis, pour pouvoir engendrer une étoile qui danse il faut en soi-même encore avoir quelque chaos. Je vous le dis, en vous-mêmes il est encore quelque chaos B . Malheur! Arrive le temps où de l'homme ne naîtra plus aucune étoile. Malheur ! Arrive le temps du plus méprisable des hommes, qui lui-même plus ne se peut mépriser. \* « den Brecher, den Verbrecher ». \* \* « meirt Gang ihr Untergang! » •M Ainsi parlait Zarathoustra 10 A son coeur ainsi parlait Zarathoustra tandis que le Soleil était à son midi; lors pensivement considéra les cimes, -car il oyait au-dessus de lui le cri aigu d'un oiseau. Et voici que dans l'air, un aigle tournoyait, faisant de vastes orbes, et lui pendait un serpent qui d'une proie n'avait semblance, mais d'un ami; car se tenait au cou de l'aigle enroulé. « Ce sont mes bêtes, dit Zarathoustra, et s'éjouit en son coeur. La bête la plus fière sous le Soleil et sous le Soleil la plus prudente bête -aux nouvelles sont venues. Elles veulent savoir si Zarathoustra vit encore. En vérité suis-je vivant encore? Plus de péril ai trouvé chez les hommes que chez les bêtes; c'est par des voies pleines de péril que marche Zarathoustra. Puissent mes bêtes me guider! » Lorsque Zarathoustra eut dit ces paroles, de celles du saint dans la forêt il eut souvenance, soupira et dit alors à son coeur : « Que ne suis-je plus prudent! Que n'ai-je donc, tel mon serpent, foncière prudence ! Mais je demande l'impossible ici; car je demande à ma fierté que toujours avec ma prudence elle aille de conserve. Et si, un jour, me quitte ma prudence -elle aime, hélas! à s'envoler, -puisse alors ma fierté encore de conserve avec elle voler 1 ! » -Du déclin de Zarathoustra tel fut le commencement. ## DES CHAIRES DE VERTU 1 On fit à Zarathoustra l'éloge d'un sage qui du sommeil et de la vertu bien savait discourir; pour quoi il recevait et grand honneur et bon émoluement, et tous les jeunes étaient assis devant sa chaire. A lui vint Zarathoustra et avec tous les jeunes devant sa chaire était assis. Et de la sorte parla le sage : Honorez le sommeil et devant lui soyez pudiques ! Voilà qui est premier. Et tous les insomniaques et ceux qui la nuit veillent, de leur chemin écartez-vous! Devant le sommeil, pudique est même le larron; la nuit, toujours à pas légers il se glisse. Mais impudique est le veilleur de nuit, impudiquement il porte son cor. Ce n'est un art mineur que de dormir; à cela il faut déjà que tout le jour on veille. Dix fois pendant le jour toi-même il te faut vaincre, ce qui produit bonne fatigue et pour l'âme est opium. Dix fois avec toi-même il te faut te réconcilier; car se vaincre est amer et l'irréconcilié dort mal. Dix vérités, voilà ce qu'il te faut trouver le jour; sinon, la nuit, encore tu cherches vérité et sur sa faim reste ton âme. Dix fois il te faut rire le jour et sereine garder l'âme; sinon, la nuit, te trouble l'estomac, ce père de la tribulation. Peu le savent, mais pour bien dormir il faut avoir toutes vertus. Porterai-je faux témoignage? Commettrai-je adultère? De la servante du voisin aurai-je concupiscence 2 ? Avec un bon sommeil tout cela s'accorderait mal. Et même a-t-on toutes vertus, il faut encore s'entendre à une chose : les vertus mêmes, au bon moment les envoyer dormir 3 . Afin qu'entre elles ne se disputent ces gentes femmelettes! Et à propos de toi, infortuné! Avec Dieu sois en paix, et avec le voisin, ainsi le veut le bon sommeil. Et en paix également avec le diable du voisin ! Sinon, la nuit, il rôde autour de toi. Honore les autorités, et leur sois bien docile, à celles qui sont tordues, ainsi le veut le bon sommeil! Qu'y puis-je si sur des jambes tordues aime avancer la force! Pour moi toujours sera le meilleur berger celui qui aux plus vertes pâtures mène ses ouailles 1 ; ainsi l'exige leur bon sommeil. Je ne veux beaucoup d'honneurs ni grand trésor, ce qui échauffe la bile. Mais on dort mal sans bon renom et sans petit trésor. Une compagnie petite est mieux venue pour moi qu'une méchante; mais il faut qu'elle vienne et parte au bon moment. Ainsi l'exige mon bon sommeil Me plaisent fort aussi les pauvres en esprit ; ils favorisent le sommeil. Bienheureux sont-ils, surtout lorsque toujours on leur donne raison ! 3 Pour le vertueux ainsi coule le jour. Vienne à présent la nuit, bien que je me garde d'appeler le sommeil! Il ne veut être appelé, ce sommeil qui est le maître des vertus ! Mais je pense à ce que le jour fis et pensai. En ruminant je m'interroge, patient comme une vache : sur toi-même que furent donc tes dix victoires? Et que furent les dix réconciliations et les dix vérités, et les dix éclats de rire dont bien s'éjouit mon coeur? Sur moi qui ainsi compte, et que bercent quarante pensées, soudain tombe le sommeil, le non-appelé, le maître des vertus. Le sommeil me tapote l'oeil; lequel lors s'alourdit. Le sommeil me touche les lèvres; lesquelles alors restent ouvertes. En vérité, à pas feutrés il vient vers moi, le plus cher des larrons, et me dérobe mes pensées; stupide je reste alors debout, comme cette chaire. Mais vite je ne tiens plus debout; me voici couché déjà. -Lorsque Zarathoustra ouït ainsi parler le sage, rit en son coeur car de la sorte une lumière pour lui s'était levée. Et lors il dit à son coeur : C'est un bouffon pour moi, ce sage avec ses quarante pensées ; mais en matière de sommeil, je crois qu'il s'entend bien. Heureux déjà qui dans son voisinage demeure! Pareil sommeil est contagieux; même à travers une épaisse cloison, encore il se propage bien. Sa chaire même est enchantée. Et devant le prêcheur de vertu les jeunes en vain n'étaient assis. Sa sagesse veut dire : veiller pour bien dormir. Et, en vérité, n'eût la vie aucun sens, et me faudrait-il choisir un non-sens, celui-là serait aussi pour moi le plus digne d'être choisi 1 . Voici que j'entends avec clarté ce qu'on cherchait surtout jadis quand on cherchait des maîtres de vertu : c'est bon sommeil que l'on cherchait pour soi, et, à cet effet, des vertus opiacées 1 Pour tous ces sages en renom, dans leurs chaires de sagesse, sagesse était le sommeil sans rêves; à la vie ils ne connaissaient meilleur sens. Aujourd'hui aussi, il en existe bien encore plusieurs comme ce prêcheur de vertu, et non toujours aussi honnêtes, mais leur temps est passé. Et plus longtemps ne tiennent debout; les voici déjà couchés. Bienheureux ces somnolents, car bientôt ils s'assoupiront I 2 -Ainsi parlait Zarathoustra. ## DE CEUX DES ARRIÈRE-MONDES 1 Un jour Zarathoustra, lui aussi, au-delà de l'homme projeta sa chimère, comme tous ceux des arrière-mondes. Ouvrage d'un dieu souffrant et torturé, tel me parut alors le monde. C'est rêve que me parut alors le monde, et la fiction d'un dieu : une vapeur colorée devant les yeux d'un être divinement insatisfait. Bon et méchant, et plaisir et souffrance, et je et tuc'est vapeur colorée que me parut tout cela devant des yeux créateurs. Détourner son regard de lui-même, voilà ce que voulut le créateur, -et lors il créa le monde. Plaisir d'ivrogne est, pour celui qui souffre, de sa souffrance détourner les yeux, et se perdre. Plaisir d'ivrogne et perte de soi, tel me parut un jour le monde. Ce monde, le toujours imparfait, copie d'une éternelle contradiction, et imparfaite copie -rêve d'ivrogne pour son imparfait créateur, -tel me parut un jour le monde. Ainsi, au-delà de l'homme, je projetai moi-même mon délire, comme font tous ceux des arrière-mondes. Au-delà de l'homme en vérité? Ah! mes frères, ce dieu que je créai fut ouvrage et délire d'homme, comme sont tous les dieux! Homme il était, et simplement un pauvre morceau d'homme, et de je : c'est de ma propre cendre et de mon brasier que m'est venu ce spectre, et véritablement! Il ne m'est venu d'au-delà 2 ! Or qu'advient-il, mes frères? De moi ne fus vainqueur, moi qui souffrais; sur la montagne je portai ma propre cendre 3 , c'est flamme plus lumineuse que me suis inventée. Et voilà que s'est évanoui le spectre devant moi! Souffrance me serait à présent, et torture pour le convalescent, de croire à de tels spectres : souffrance me serait Ainsi parlait Zarathoustra En ton corps il est plus de raison qu'en ta meilleure sagesse. Et qui sait donc pourquoi ton corps de ta meilleure sagesse a justement besoin? De ton je se rit ton soi et de ses sauts pleins d'orgueil. « Que m'importent, se dit-il à lui-même, ces sauts et ces envols de la raison? Ils me détournent de mon but. En lisière je tiens le je et lui souffle ses concepts. » Au je dit le soi : « Douleur ici je sens. » Et lors il souffre et réfléchit à la manière de ne plus souffrir -et pour cela justement doit penser. Au je dit le soi : « Plaisir ici je sens. » Lors il s'éjouit et réfléchit à la manière de maintes fois encore s'éjouiret pour cela justement doit penser Aux contempteurs du corps je veux dire un mot. Qu'ils mésestiment, c'est pour cela qu'ils estiment. Estime et mésestime, et valeur et vouloir, qu'est-ce donc qui les créa? Pour lui-même le soi créateur créa estime et mésestime, pour lui-même il créa plaisir et malheur. Pour lui-même le corps créateur créa l'esprit comme une main de son vouloir. Dans votre folie et dans votre mépris, ô vous les contempteurs du corps, de votre soi encore êtes les servants. Je vous le dis : c'est votre soi lui-même qui veut mourir et se détourne de la vie. N'est plus capable de ce que le mieux il aime vouloir : -au-dessus et au-delà de lui-même créer. C'est ce que le mieux il aime vouloir, ce qui est toute sa ferveur. Mais est passé le temps pour lui d'y réussir, -c'est décliner que veut ainsi votre soi, ô vous les contempteurs du corps! C'est décliner que veut votre soi; et de la sorte êtes devenus des contempteurs du corps! Car de créer audessus et au-delà de vous-mêmes vous n'êtes plus capables. Et pour quoi maintenant contre la vie et contre la Terre vous êtes irrités. Dans le louche regard de votre mépris il est une secrète convoitise. Je ne suis votre chemin, 6 vous les contempteurs du corps ! Pour moi vous n'êtes des ponts vers le surhomme ! -Ainsi parlait Zarathoustra. \* « Von den Freuden-und Leidenschaflen ». « Freudenschaft » est un néologisme, formé d'après « Leidenschaft » qui équivaut (à peu près) au français « passion ». Notre traduction s'inspire ici de la terminologie spinoziste. voudrais bien qu'ils eussent un délire par lequel ils périraient, comme ce blême criminel. En vérité, je voudrais que leur délire eût pour nom vérité, ou fidélité ou justice; mais ils ont leur vertu pour vivre vieux et dans un pitoyable agrément. Je suis le parapet au bord du fleuve : me saisisse qui me peut saisir! Mais je ne suis votre béquille. -Ainsi parlait Zarathoustra. DU LIRE ET DE L'ÉCRIRE De tout ce qui est écrit, je n'aime que ce qu'un homme écrit avec son sang. Avec du sang écris, et tu apprendras que sang est l'esprit. Il n'est guère facile d'entendre le sang des autres : d'oisifs lecteurs me sont odieux. Qui connaît le lecteur, pour le lecteur celui-là plus rien ne fait. Encore un siècle de lecteurs -et l'esprit même sera puant Que tout un chacun ait droit de lire, c'est gâter, à la longue, non seulement l'écrire, mais aussi le penser \*. Jadis l'esprit fut dieu, mais se fit homme et maintenant devient encore populace. Qui écrit avec son sang et par sentences, il ne veut qu'on le lise mais que par coeur on l'apprenne! En montagne, de cime en cime va le plus court chemin ; mais pour le prendre il faut avoir de longues jambes. Que cimes soient les sentences s , et ceux auxquels on parle grands et altiers ! L'air rare et pur, proche le danger et l'esprit plein d'une joyeuse malice : comme tout cela ensemble s'accorde bienl Autour de moi je veux avoir des farfadets, car je suis courageux. Courage dont s'effarouchent les spectres lui-même se crée des farfadets, -le courage veut rire. Plus ne sens avec vous ; ces nuées qui au-dessous de moi s'offrent à ma vue, ces choses noires et pesantes dont je me ris, -précisément ce sont vos nuées d'orage. En haut vous regardez quand de hauteur avez envie. Et je regarde en bas car je me tiens sur les sommets. Qui de vous tout ensemble peut rire et se tenir sur les sommets? Qui gravit les plus hautes cimes se rit de toutes tragédies jouées et de toutes tragédies vécues 1 \*. Courageux, insouciants, railleurs, brutaux, -tels nous veut la sagesse; c'est une femme et qui jamais n'aime qu'un guerrier. Vous me dites : « La vie est pesante à porter. » Mais pourquoi donc auriez-vous avant midi votre fierté, et le soir votre soumission 2 ? La vie est pesante à porter; mais ne soyez donc si délicats! Nous sommes tous de jolis ânes et de jolies ânesses aux reins solides 3 . Qu'avons-nous en commun avec le bouton de rose, qui frémit dès qu'une goutte de rosée pèse sur son corps? C'est vrai; si nous aimons la vie, ce n'est par habitude de vivre, mais c'est par habitude d'aimer \*\*. Il est toujours quelque délire dans l'amour. Mais toujours aussi il est quelque raison dans le délire 4 . Et moi-même, qui bien m'entends avec la vie, il me semble que papillons et bulles de savon, et tout ce qui parmi les hommes est de leur sorte, de l'heur ont le mieux connaissance. Ces petites âmes légères, folles, élégantes, mobiles, à les voir qui voltigent -Zarathoustra est entraîné aux larmes et aux chant»! Je ne croirais qu'en un dieu qui à danser s'entendit! Et quand je vis mon diable, lors le trouvai sérieux, appliqué, profond, solennel : c'était l'esprit de pesanteur -par qui tombent toutes choses \*. Ce n'est par ire, c'est par rire qu'on tue. Courage! Tuons cet esprit de pesanteur! J'ai appris à marcher; de moi-même, depuis, je cours. J'ai appris à voler; pour avancer, depuis, plus ne veux qu'on me pousse\*! Maintenant je suis léger, maintenant je vole, maintenant me vois au-dessous de moi; par moi c'est maintenant un dieu qui danse. Ainsi parlait Zarathoustra. \* € Trauer-Spiele und Trauer-Ernste ». \*\* Jeu verbal sur «leben »(vivre) et c lieben > (aimer). « Et en remerciement reçois à présent une petite vérité. Pour celle-là je suis assez vieille 1 « Tu dois l'emmailloter et lui tenir la bouche ; sinon trop fort elle criera, cette petite vérité 1 » « Me la donne, femme, ta petite vérité I » dis-je. Et ainsi parla la petite vieille : « Tu vas chez des femmes? N'oublie les étrivières! ». -Ainsi parlait Zarathoustra. \* Jeu verbal sur « verziehen » (s'attarder) et « verzeihen » (pardonner). « ... et seulement quand vous m'aurez tous renié, à vous je veux revenir. En vérité, mes frères, c'est avec d'autres yeux qu'alors je chercherai mes perdus; d'un autre amour alors je vous aimerai. » Zarathoustra, « De la prodigue vertu ». \* Jeu verbal sur « Ring » (anneau) et « ringen » (se tordre et lutter). \*\* Jeu verbal sur « gerecht » (juste) et « gerächt » (vengé). \* « Mond » (Lune) étant masculin en allemand, la traduction rend très imparfaitement les équivoques du texte. \* « anslellige angtslellle ». \*\* Les « veaux de Lune » sont en allemand ce que les physiologistes appellent des « faux germes ». \* Le I-A de l'allemand évoque mieux le braiment de l'âne que noire Ou-I. \* Jeu verbal sur « hören » (ouïr) et « zugehören » (appartenir). \* Sur l'homonymie des deux verbes « dichten », voir plus haut, p. 160, la remarque du traducteur. \* « den Brecher -den heissen sie Verbrecher ». " c geboren und verborgen ». « verlogen und verbogen ».
Das Romanistische Jahrbuch (RJb) ist die einzige Fachzeitschrift, die regelmäßig über die Vertretung der romanistischen Sprach-, Literatur- und Kulturwissenschaft an den Universitäten Deutschlands und Österreichs informiert und neben den angenommenen Dissertationen und Habilitationen auch die an deutschsprachigen Universitäten in Bearbeitung befindlichen Dissertationsprojekte systematisch erfasst.
Im wissenschaftlichen Teil werden im ersten Abschnitt – neben aktuellen Rezensionen – regelmäßig Aufsätze zu zentralen linguistischen und literaturwissenschaftlichen Fragen mit romanisch-vergleichender und/oder einzelsprachlicher Thematik veröffentlicht; die zweite Hälfte des RJb ist aktuellen Problemen der Iberoromanistik (Spanisch/Portugiesisch in und außerhalb Europas, Katalanisch) gewidmet.