Jardins au désert, Evolution des pratiques et savoirs oasiens, Jérid tunisien
معرفی کتاب «Jardins au désert, Evolution des pratiques et savoirs oasiens, Jérid tunisien» نوشتهٔ Vincent Battesti; Institut de recherche pour le développement Staff (France)، منتشرشده توسط نشر Editions IRD در سال 2005. این کتاب در فرمت pdf، زبان فرانسوی ارائه شده است.
Available for free to download in pdf format as Open Archives: http://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-00004609 La présence d'oasis dans le Sahara peut sembler une aberration écologique. Les palmeraies et les jardins qu'elles abritent sont en fait le fruit d'une conquête millénaire qui se poursuit encore aujourd'hui. Ces paysages artificiels, terroirs soigneusement façonnés et entretenus, sont l'archétype des systèmes naturels anthropisés. Cet ouvrage a été réalisé à partir d'enquêtes de terrain menées dans le Jérid tunisien, mais aussi dans le Tassili n'Ajjer (Djanet, Algérie) et l'oued Draa (Zagora, Maroc). Si cette perspective comparative révèle la diversité des pratiques et savoirs oasiens et des relations à l'environnement, elle met aussi en valeur les dynamiques locales qui se déploient au-delà de l'habituel dualisme entre tradition et modernité. Dans l'oasis interviennent certes ses jardiniers, mais également d'autres acteurs qui privilégient l'oasis moderne ou qui, au contraire, voudraient en préserver une image traditionnelle. Le travail a consisté à dévoiler des couches de sens différentes, des stratégies contrastées, des types de pratique parfois contradictoires, selon les niveaux où les oasis sont vécues et perçues par des individus et des institutions aux intérêts souvent divergents. Par ailleurs, plusieurs échelles d'étude, de la planche de cultures au jardin et du parcellaire à la palmeraie, permettent de souligner la variété des articulations entre facteurs écologiques, économiques et sociaux. Le Sahara cultivé n'offre pas une mais des natures oasiennes en constante évolution, construites à partir de cette richesse anthropologique. Je me penche et je coupe quelques plantes. Je me déplace encore un peu et je ré¬pète l’opération. Je donnerai celles-ci à mes animaux, là-bas. L’eau est à mes pieds, qui circule, cherche son chemin. Il fera bientôt nuit, les ombres ont disparu. Les étoiles, là-haut, vont scintiller. « Comme on dit en arabe, les aveugles ne peuvent pas vous montrer le bon chemin, et les illettrés sont des aveugles, non ? [...] Le gouvernement, s’il veut savoir ce qu’il se passe, doit manger dans toutes les soupes. » — Un sherîf lettré à Nefta, le 6 mars 1996. Rachid ben [fils de] Bechir ben Rouissi. À énumérer les parties de son nom, il re¬trace aussi les générations qui l’ont précédé et comment ce jardin à Degache (ou du moins sa part) lui est échu. Depuis six heures ce matin, il est seul au jardin, comme à son habitude. Il n’a pas vraiment quelque chose à y faire, rien de pressant en tout cas. Il pourrait à la rigueur rester à la maison comme le font les plus jeunes aujourd’hui, mais pour quoi faire ? Autrement que pour le dîner et la nuit, il n’y est pas vraiment chez lui, il risquerait de gêner sa femme et les allées et venues des voisines. Et que diraient les voisins à le voir traîner dans le quartier ? Qu’il est un paresseux ? Qu’il a perdu son jardin ? Aujourd’hui, il désherbe les tomates qui manqueront bientôt d’être étouffées sous les mauvaises herbes. Il en fait des tas sur les bords des planches. Il va ensuite couper d’autres mauvaises herbes dans les allées, dans les jachères, jusqu’à récolter la bonne quantité, pour qu’il n’ait pas ce soir à rajouter du concentré aux chèvres et à la brebis de la maison. C’est sa femme qui s’occupe des animaux. Avec le retour de la cha¬leur, l’herbe recommence à bien pousser et est envahissante dès que l’eau est là, dès que les nûbât (tours d’eau) sont assez rapprochées, longues et de débit suffisant. Il arrive qu’un des forages tombe en panne et que l’eau des circuits d’irrigation suffise à peine à inonder les carrés de cultures. D’après son voisin, son tour d’eau devrait commencer après-demain à onze heures dans la nuit. Après le repas, des fèves qu’il a réchauffées sur le feu (il en mange tous les jours), l’après-midi est vite passée : il y a toujours quelque chose à faire dans le jardin. Il a rassemblé en l’occurrence toutes les palmes sèches qui traînaient au pied des palmiers depuis qu’il les a nettoyés durant l’hiver. Il les a rassemblées en paquet de vingt et il enverra dire à son cousin de passer les prendre avec sa charrette pour les vendre au hammâm (bain turc). Ça ne vaut pas grand-chose, mais ça paiera des bonbons pour les enfants. Le soleil décline, l’appel à la prière se fera bientôt entendre, il est temps de rentrer. « Tiens, Mohamed et Tarek ne sont pas passés aujourd’hui. » Il coupe une grosse botte de salade pour la maison. Il devra passer par le souk (marché ou centre-ville) pour prendre du persil. Le peu qu’il a planté cette année n’a pas poussé. Peut-être de mauvaises graines. Ou plutôt il prendra du persil chez Brahim à qui il a prêté une mes-ha (une sape). Il boit son dernier verre de thé au jar¬din, de la théière qui est restée toute la journée sur la braise près de la cabane. Ce n’est plus une infusion, c’est une décoction. Il ne pourrait plus s’en passer. En levant son verre, son regard se pose sur les premières spathes des palmiers qui s’ouvrent bientôt. « Le temps sera venu, la semaine prochaine, de polliniser », pense-t-il en attachant la charrette à son mulet et en y posant les bottes d’herbe et la salade. L’animal connaît le chemin du retour, Rachid peut s’allumer une cigarette Cristal. Je me penche et je coupe quelques plantes. Je me déplace encore un peu et je répète l’opération. Je donnerai celles-ci à mes animaux, là-bas. L’eau est à mes pieds, qui circule, cherche son chemin. Il fera bientôt nuit, les ombres ont disparu. Les étoiles, là-haut, vont scintiller. « Comme on dit en arabe, les aveugles ne peuvent pas vous montrer le bon chemin, et les illettrés sont des aveugles, non ? [...] Le gouvernement, s’il veut savoir ce qu’il se passe, doit manger dans toutes les soupes. » — Un shérif lettré à Nefta, le 6 mars 1996. Rachid ben [fils de] Bechir ben Rouissi. À énumérer les parties de son nom, il retrace aussi les générations qui l’ont précédé et comment ce jardin à Degache (ou du moins sa part) lui est échu. Depuis six heures ce matin, il est seul au jardin, comme à son habitude. Il n’a pas vraiment quelque chose à y faire, rien de pressant en tout cas. Il pourrait à la rigueur rester à la maison comme le font les plus jeunes aujourd’hui, mais pour quoi faire ? Autrement que pour le dîner et la nuit, il n’y est pas vraiment chez lui, il risquerait de gêner sa femme et les allées et venues des voisines. Et que diraient les voisins à le voir traîner dans le quartier ? Qu’il est un paresseux ? Qu’il a perdu son jardin ? Aujourd’hui, il désherbe les tomates qui manqueront bientôt d’être étouffées sous les mauvaises herbes. Il en fait des tas sur les bords des planches. Il va ensuite couper d’autres mauvaises herbes dans les allées, dans les jachères, jusqu’à récolter la bonne quantité, pour qu’il n’ait pas ce soir à rajouter du concentré aux chèvres et à la brebis de la maison. C’est sa femme qui s’occupe des animaux. Avec le retour de la chaleur, l’herbe recommence à bien pousser et est envahissante dès que l’eau est là, dès que les nûbât (tours d’eau) sont assez rapprochées, longues et de débit suffisant. Il arrive qu’un des forages tombe en panne et que l’eau des circuits d’irrigation suffise à peine à inonder les carrés de cultures. D’après son voisin, son tour d’eau devrait commencer après-demain à onze heures dans la nuit. Après le repas, des fèves qu’il a réchauffées sur le feu (il en mange tous les jours), l’après-midi est vite passée : il y a toujours quelque chose à faire dans le jardin. Il a rassemblé en l’occurrence toutes les palmes sèches qui traînaient au pied des palmiers depuis qu’il les a nettoyés durant l’hiver. Il les a rassemblées en paquet de vingt et il enverra dire à son cousin de passer les prendre avec sa charrette pour les vendre au hammâm (bain turc). Ça ne vaut pas grand-chose, mais ça paiera des bonbons pour les enfants. Le soleil décline, l’appel à la prière se fera bientôt entendre, il est temps de rentrer. « Tiens, Mohamed et Tarek ne sont pas passés aujourd’hui. » Il coupe une grosse botte de salade pour la maison. Il devra passer par le souk (marché ou centre-ville) pour prendre du persil. Le peu qu’il a planté cette année n’a pas poussé. Peut-être de mauvaises graines. Ou plutôt il prendra du persil chez Brahim à qui il a prêté une mes-ha (une sape). Il boit son dernier verre de thé au jardin, de la théière qui est restée toute la journée sur la braise près de la cabane. Ce n’est plus une infusion, c’est une décoction. Il ne pourrait plus s’en passer. En levant son verre, son regard se pose sur les premières spathes des palmiers qui s’ouvrent bientôt. « Le temps sera venu, la semaine prochaine, de polliniser », pense-t-il en attachant la charrette à son mulet et en y posant les bottes d’herbe et la salade. L’animal connaît le chemin du retour, Rachid peut s’allumer une cigarette Cristal. **Translated Back Cover** The presence of oases in the Sahara can seem as an ecological aberration. The palm plantations, and the gardens which they shelter, are in fact the fruit of a millennial conquest, which continues today. These artificial landscapes, “terroirs” carefully worked and maintained, are the prototype of anthropized natural systems. This book has been written from investigations on the field carried out in Tunisian Jerid, but also in Tassili n’Ajjer (Djanet, Algeria) and in the wadi Draa (Zagora, Morocco). If this comparative perspective reveals the diversity of the oasian practices and knowledge and of the relations to the environment, it also emphasizes the local dynamics, which unfold beyond the usual dualism between tradition and modernity. In addition, several scales of study, from the vegetable bed to the garden and from the plot of land to the whole palm grove, make it possible to underline the variety of the articulations between ecological, economic, and social factors in oasis. The cultivated Sahara does not offer one but diverse oasian natures in constant evolution, built from this anthropological richness. **Original Back Cover:** *La présence d’oasis dans le Sahara peut sembler une aberration écologique. Les palmeraies et les jardins qu’elles abritent sont en fait le fruit d’une conquête millénaire qui se poursuit encore aujourd’hui. Ces paysages artificiels, terroirs soigneusement façonnés et entretenus, sont l’archétype des systèmes naturels anthropisés.* *Cet ouvrage a été réalisé à partir d’enquêtes de terrain menées dans le Jérid tunisien, mais aussi dans le Tassili n’Ajjer (Djanet, Algérie) et l’oued Draa (Zagora, Maroc). Si cette perspective comparative révèle la diversité des pratiques et savoirs oasiens et des relations à l’environnement, elle met aussi en valeur les dynamiques locales qui se déploient au-delà de l’habituel dualisme entre tradition et modernité. Par ailleurs, plusieurs échelles d’étude, de la planche de culture au jardin et du parcellaire à la palmeraie, permettent de souligner la variété des articulations entre facteurs écologiques, économiques et sociaux.* *Le Sahara cultivé n’offre pas une mais des natures oasiennes en constante évolution, construites à partir de cette richesse anthropologique.* **Version en ligne/ Online version of the book:** - archives ouvertes/ open archives: http://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-00004609 None Des hommes et des oasis dans le désert L’eau, l’oasis Au sujet des animaux La description de l’oasis, une norme Des espaces des palmeraies La structure du terroir Le parcellaire La structure des jardins Temps et temporalités au Jérid Le temps historique Le temps naturel Le temps quotidien Les commentaires du jardin et la fondation des oasis Hommes et plantes, l’agriculture Les plantes des jardins : le palmier dominant Le choix et l’usage des autres plantes Remarques sur les animaux La problématique unité classificatoire Les pratiques agraires des jardins Les outils Les matériels et outils mécanisés Le travail dans les jardins Un jardin d’agriculture ou une exploitation horticole ? Les jardiniers des oasis et l’organisation du travail Les travailleurs de la palmeraie Ce que l’on ne dit pas Et les femmes ? Les stratégies oasiennes Les révolutions permanentes des jardins Les états des jardins Développement de l’agriculture des oasis du Jérid : les outils de diagnostic Les références et la typologie des exploitations Les systèmes de cultures — états et trajectoires des jardins L’ordre des palmeraies Le zonage ou l’échec partiel du jardin La hiérarchie oasienne Les natures de l’oasis se croisent Les pratiques de l’espace, les espaces pratiqués Solitude et sociabilité : le jardinier dans le ghâba Parcours, représentations dans la palmeraie Esthétique, travail et farniente Les acteurs des natures oasiennes et leurs ressources Les acteurs évidents et les autres Les registres de relations au milieu oasien Du moderne et du traditionnel au Jérid L’intervention de l’État Crises et temporalités de l’oasis Conflits de représentations ou dynamiques locales ? Résistance et séduction : les jeux sur l’ethos oasien Le rendement et le jardin : une incompatibilité localisée ? Les mondes oasiens invisibles : esprits, êtes-vous encore là ? Discours et registres des dynamiques locales La construction des natures oasiennes L’indétermination Ressources socioécologiques Couverture Sommaire Partie 1 Partie 2 Partie 3 Conclusion Bibliographie Annexes Table des matières Vincent Battesti. Includes Bibliographical References (pages 379-389).
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